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Un ennemi nommé TINA "There Is No Alternative" ! Aucune option possible, la politique à mener s'impose à nous. Toute autre tentative, hétérodoxe, serait contre-productive, si ce n'est dangereuse, voire suicidaire. C'est ainsi que l'interrogation a priori légitime, le besoin de débat, le bénéfice de la discussion sont balayés comme inutiles, quand ce n'est scandaleux. TINA. Pourtant ? Comment en est-on arrivé là ? Le procédé est ancien, autant le sont la paresse et l'imprévision humaine. Pour paraphraser Bertrand de Jouvenel dans son texte fondateur de la revue Futuribles, les futurs possibles - ceux entre les lesquelles nous pouvons, nous avons, peu à peu à choisir - se construisent au fur et à mesure. L'art de la politique n'est pas seulement l'art du choix, de la décision immédiate, mais aussi, et surtout, l'art de préserver le choix futur, l'art de sauvegarder les possibilités de décision. Garantir l'alternative à venir afin de pouvoir, en temps voulu, réaliser le meilleur choix. Or TINA ne révèle rien d'autre qu'une démission du politique, un échec fondamental. Lorsque un responsable politique invoque TINA c'est que, au mieux, il ment et oublie de préciser "Il n'y a d'autres alternatives, selon mon opinion". Mais alors, ce faisant, il refuse d'endosser ses responsabilités. Car il y a presque toujours une alternative, que pour de bonnes parfois, mais tantôt de mauvaises raisons, l'on se refuse à examiner. Parce que le chemin est plus difficile, plus long, parce qu'il comporte un risque jugé insupportable. Cela justifie-t-il pourtant que ipso facto, on refuse d'examiner la situation dans toute sa dimension ? TINA est assurément plus qu'une facilité, une lâcheté. Dans un monde de fatalité, il n'y a plus de responsabilité, parce qu'il n'y a pas de décision... c'est la faute au Destin (curieux destin qui prend tour à tour la forme de l'Union européenne, de la dette publique ou des marchés financiers...). Mais dans un monde où il n'y a plus de responsabilité, il n'y a plus, non plus, de politique. Au mieux, donc, il ment. Au pire, il croit effectivement que l'alternative n'est pas. En réalité, c'est qu'elle n'est plus. C'est que, infiniment plus grave, il (ou ses prédécesseurs) s'est lié les mains. Volontairement mais insensiblement, en ne préparant pas l'avenir ou en déléguant cette tâche fondamentale, il s'est trouvé contraint par l'évènement, victime d'une histoire trop rapide qui soudain s'impose à lui avec violence. Le politique est alors au pied du mur : il lui semble qu'il n'y a pas d'alternative. Pardon ! Il n'y a PLUS d'alternative... et à cela, il y a des responsables... Responsables ceux qui n'ont pas préparé la réforme industrielle de la France, responsables ceux qui ont repoussé aussi longtemps que possible la réforme des retraites, responsables ceux qui ont délibérément choisi de ratifier ce fameux article de l'Acte unique (aujourd'hui art. 63 du traité de Lisbonne), qui prévoit la libre circulation des capitaux entre l'Union européenne et l'extérieur, responsables enfin ceux qui ont accepté que l'on érige la lutte contre l'inflation comme l'alpha et l'omega de toute la zone euro ! Autant de faiblesses - passivité, manque de courage, ou dogmatisme - qui à terme contribuaient à cet enfermement du politique.
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